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Comme Dumas passa par Constantinople en allant à Beyrouth, Lind s’était établi en 1890 à Smyrne avant de venir s’installer à Beyrouth. L’atelier situé à l’entrée de la route menant à la caserne ottomane dominait la place Assour. L’on pouvait en contrebas lire « Jules Lind » du côté de la caserne et « Photographie » du côté de la rue. C’était un bâtiment tout en longueur flanqué d’une pièce à ses deux extrémités.

La couverture photographique de la communauté allemande n’est pas très importante : les anniversaires, les réceptions, l’hôtel Métropole.

Il réalise des portraits, les premiers marqués au timbre sec, « Jules Lind, platinotypie Smyrne », mais exécutés à Beyrouth. Il fait du travail de propagande pour l’armée ottomane, photographie les manœuvres et revues, se brouille avec un assistant turc. Les portraits d’officiers et d’officiels maintiennent aussi ce prestige de l’Allemagne auprès de la Turquie.

La photographie comme art de société, interchangeable avec le piano et l’aquarelle, à côté du chevalet incrusté de nacre, complète la mondanité du salon oriental de Lind. 

La fille de Lind, qui faisait les retouches en couleur pour les portraits, enseigna l’aquarelle au jeune Moustapha Farroukh. Toute la pratique de la représentation prend la forme d’une rivalité avec la caméra, cette chambre obscure qui restitue la ressemblance. 

Les portraits de Farroukh sont des photographies, sans appareil. De la photographie, il avait compris que l’œil devait capter et réaliser l’image. L’on revenait à l’artisanat rival de la technique et de la machine.

 

En 1915 Lind signait encore ses tirages à l’encre Julius Lind. Il quittera Beyrouth en toute hâte à la déroute ottomane. Il eut toutefois le temps de vendre son atelier à Assad Dakouny qui gagea pour le payer les bijoux de sa mère: déplacement de l’Œdipe pour hériter de la photographie sans vendre sa mère.

De 1840 avec la fin de l’occupation égyptienne et la naissance du Liban moderne jusqu’à l’orée du XXIe siècle, l’histoire de la photographie accompagne les différentes représentations du Liban , politiques , historiques, sociales, jusqu’à l’intime.

À les donner à voir et à lire , ces différents états apparaissent moins parcellaires et arbitraires puisqu’ils finissent par recomposer les éléments d’une histoire de la culture visuelle du Liban.

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