Quel est cet Orient raté qui se joue des dates, des lieux, de ce mannequinat qui surajoute à l’histoire et la photographie, ces changements de décors, à la porte d’entrée, à la balustrade de bois ajouré, à la rampe de la cour ?
Lieux et corps interchangeables et vêtements aussi caractéristiques que les poses de mauvais théâtre qu’il donne à lire, de la rose à la main au mélange des termes et à l’idée de luxe qui ne mène qu’à des poupées de fanfreluche dont on aurait sorti les fausses robes au soleil.
Le point le plus intéressant, c’est que ce ne sont pas des archives ou des collections, mais un « tissage » culturel et relationnel de photographies, toutes à leurs usages propres, allant de la publicité à l’imprimerie, et de l’illustration à la documentation, à la sexualité et au désir. C’est une photographie déterminée par ses usages et les modes de transmission qui déterminent son histoire, c’est-à-dire ses histoires et leurs représentations.
Cette optique et cette lecture sont fondamentales également par la difficulté à les faire entrer dans le cadre d’une histoire structurelles. Elles sont soumises à l’aléatoire des découvertes et des regroupements, des collections volontaires et involontaires ; ce qui est impossible parce que l’étape fondamentale de la collection est ratée. Ainsi nous aurons une collection à partir de deux photographies.
Sans nécessairement une affolante originalité, il n’en reste pas moins qu’il est impossible d’y appliquer le cadre structurel de l’histoire et de la collection. C’est la liberté de l’adéquation de l’usage qui nous reste à découvrir à chaque collection. L’histoire de la photographie devient la collection des collections.
Un excès de photographies pour pallier la faiblesse du réel, de sa dévastation et de ses preuves. Toutes ces guerres accumulées ne compensent pour personne la perte et la blessure inguérissable.
Le réel tout plombé continue à claudiquer. Chaotique et dévastée, une ville entière, ou l’entière moitié d’une ville, peut-elle n’être peuplées que de meurtriers et d’assassins ?
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Il fallait découvrir et essayer de comprendre tous ceux auxquels les Français ne comprenaient rien.
Dissidences, hérésies, tribus nomades et semi-nomades. Citadins de villes (…laissées à la moitié du chemin, semi-urbanisés.
La République française envoyait ses commissaires transformés en républicains et fonctionnaires des peuples mélangés qui apprirent le français et l’égalité. L’égalité ne mit jamais tant d’effort dans le déni de toute égalité et de toute justice. Ce qui régna avant tout, c’était la nécessité de l’injustice et le recel des cœurs.
La fiction : manière d’occuper cet espace vide, le plus criant de cet espace vide que rien n’occupe.
Marcher dans un lieu sans plus aucun souvenir de ce lieu, mémoire perdue. Sans préalable ni préambule, l’avancée dans le vide, au-dessus du vide. Ville qui n’a plus d’étonnement que la tristesse lasse qu’elle génère – une mélancolie sans la beauté possible. On avançait en pleine nuit noire, mais en plein jour. La lumière n’était pas noire comme celle de la nuit, mais cette lumière lumineuse et transparente est mortelle parce qu’elle traverse le temps et les corps ; nuit du plein jour qui n’est pas la nuit de l’expérience mystique, nuit mortelle où il n’est pas de différence entre le jour et la nuit.
Ville où le temps est suspendu puisqu’évacué par sa destruction, consumé par les figures fictionnelles et les postures grotesques qui s’annihilent.
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La mythologie ne permet pas de créer une autre mythologie, mais d’accéder à cet imaginaire où les liens entre la fondation de la ville, l’étymologie et la géographie sacrée présentent des variations et des interprétations différentes.
L’Histoire, qui n’apparaît plus comme vérité mais comme transmission, se pose en rhétorique et en figure de style. La convention est désormais épuisée par la lecture de la mythologie de Beyrouth, et ce qui est posé là n’est pas un essai d’interprétation, mais bien le cru de ce qui n’y est pas cuit pour tous.
Regard et désir, mélange de poussière et de chaleur, présence lourde et massive des corps découpés dans la lumière violente sans dégradé ni clair-obscur. Il ne s’agit pas de sensualité un peu crasse, ni de faire fonctionner le désir dans le langage de la théologie, mais de ce mélange, cette Alexandrie des corps, où rien d’excessif ne se réalise.
La vie était là et il suffisait qu’elle soit là. Rien n’y circulait avec autant de fluidité que l’argent et le temps, qui épaissit les choses de la même manière qu’il les allège par l’oubli et qu’il laisse aux seuls oublieux le soin de la mémoire. Cette ville n’a pas de mémoire à cause de la difficulté réelle qu’il y a à parler pour autrui.
Décrire unifie d’un coup dans la langue tout ce que l’on décrit. Aux vérités complexes de tous, la langue n’oppose que la sienne propre. Or, quelle est la langue de cette ville ?
Mystère d’une ville où il n’y a pas de mystère, sinon de ne pas se perdre dans toutes ces fois, ces croyances, ces hérésies, ces pratiques et ces rituels. Seulement celui de ne pas comprendre. Cette obstination du sens dérobé, ne pouvant être dit, explicité, aboutit à ce qu’à un moment il n’y ait sans doute rien à comprendre.
Sens détourné de l’usage et du sens. Sens perdu, inatteignable et inexplicable. Ce sens possible, qui devient une énigme et nous oppose l’impasse d’un mur lisse, pose en perspective celui de la compréhension qui, d’un coup, regroupe, unifie et éclaire. Il vivifie parce qu’il donne sens. Tout ce qui était disparate redevient signifiant, non pas à l’aune d’un passé perdu, mais par la nécessité du signe. Voilà aussi une partie de l’impasse.










