Originaire de Dirk, village de la province de Diarbékir en Iraq, Louis Saboungi (Mardine, 7 novembre 1838 – Los Angeles, 24 avril 1931) est envoyé en 1850 au Liban comme séminariste au couvent syriaque catholique de Charfé. Il y reste quatre années. Il continue ses études de philosophie et de théologie au collège de la Propagande à Rome. Il rentre ensuite au Liban où il est ordonné prêtre en 1865.
À la publication de La Jeune Abeille, libelle anti-maronite, et à la suite d’une émeute qui saccage l’atelier de photographie où il s’est associé avec son frère Georges, il doit quitter le Liban en 1874 et n’y revient plus. Il mène dès lors une vie errante de plus d’un demi-siècle, d’Istanbul au Caire et de Londres aux États-Unis, où il meurt assassiné dans sa chambre d’hôtel à Los Angeles. Il dormait avec de l’or dans sa ceinture.
Saboungi est avant tout un agitateur culturel et politique. Il se prétend pédagogue et journaliste, mais L’Union arabe et Le Califat, publiés tous les deux à Londres, n’ont eu que quelques numéros et semblent davantage liés à des tentatives de collectes de fonds qu’à une réalité politique, à une idéologie ou à une doctrine. Saboungi avait enseigné le latin à l’Université américaine de Beyrouth, le latin et l’italien au collège patriarcal de la même ville. Sans doute voyait-il avec quelque véhémence le monde comme une application pédagogique.
On se demande parfois, à propos de ses libelles, s’ils sont de réflexion ou de provocation. Tout cela pourrait bien être aussi les effets de manche d’un maître-chanteur. La photographie n’est qu’un appoint dans ce bricolage généralisé de soi, sans l’écho réel d’une société, d’un milieu ou d’un répondant.
Tout en changeant de titre, la revue L’Abeille le suivra dans ses voyages. Elle devient en 1871 L’Abeille libre au Caire, reprend son titre original en 1877 et 1878 à Londres, de nouveau à Londres en 1884 et au Caire en 1895.
Saboungi fait partie de cette génération de journalistes, écrivains, agitateurs culturels et intellectuels, tels Boutros el Boustani ou Ahmad Pharès el Chidiac, qui tous expérimentent le passage de l’individu à l’autonomie, à une manière de liberté et surtout au jeu du pouvoir. Le degré d’implication de chacun est différent de même que le niveau de cette implication, jusqu’au rapport avec la langue arabe. Ainsi, quand Saboungi écrit des vers de mirliton au sultan de Zanzibar, Chidiac se collète avec l’histoire de la grammaire et du dictionnaire, alors que Boutros el Boustani, tout en rédigeant son encyclopédie, remplit un moment les fonctions de vice-consul des États-Unis et de pasteur de la communauté protestante à Beyrouth.
Saboungi vient d’un milieu et d’une société plus fragilisée, les Syriaques d’Iraq, qui n’ont pas encore une place très claire ou un rôle défini. Il veut forcer Beyrouth et, ne pouvant le faire tout seul, il pousse sa communauté, attaquant de front les maronites sur le monophysisme et leur fidélité à la doctrine romaine. Il heurte de front une société avec laquelle il finit par rompre, et s’en va.








