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Natif de Bordeaux, l’enseigne de vaisseau Vignes (1831-1896) est chargé à la fin de ses études à l’Académie navale de superviser le débarquement à Beyrouth des troupes du corps expéditionnaire au Liban. Il se dirige de Naples vers Beyrouth le 16 août 1860.

Ayant pour mission de réaménager et de diriger le port de Beyrouth, il continue à explorer la ville, qu’il quitte seulement en octobre 1860. Les photographies de ce premier voyage sont réunies dans l’album Algésiras, Palerme, Syrie, Provence, 1859-1862.

Vignes revient à Beyrouth en février 1864 comme photographe devant accompagner le duc de Luynes lors de son expédition autour de la mer Morte. Il est accompagné du naturaliste Combe et du géologue Lartet. L’expédition dure du 14 mars au 29 mai. Vignes reste au Liban de juin à octobre 1864. Il compose à ce moment l’album d’un voyage d’exploration en Orient sous la direction du duc de Luynes: Syrie, Palestine, Petra et Palmyre, 1864.

Toute la photographie française au Liban entre 1860 et 1880 est fille de 1860. De Clercq, Nau de Champlouis, Hachette, Lockroy, Le Gray, Vignes avaient été quelque peu estompés par Renan, dont la Mission de Phénicie restait dans la mémoire des Libanais comme leur entrée dans l’histoire européenne. Il est évident que l’on peut faire l’économie des massacres.

Renan réintroduisait d’un seul coup dans l’histoire du monde les ancêtres d’un peuple ; celui-ci en avait d’autant plus besoin qu’il ne savait plus trop que faire ni où se placer dans ce tohu-bohu de conquérants, de règlements de comptes, de religions, d’hérésies. Les monophysites, devenus orthodoxes quand il avait fallu se mettre sous la protection de Byzance, et les autres peuples dans cette région abandonnée du pouvoir, ils sont tous restés là, perplexes, au bord de l’eau, au IIIe et VIIe siècle.

Ces photographies ne disent que cela. Combien le paysage se traduit par ce mélange de déshérence et de détresse, mais combien aussi il ne traduit que cela. L’hellénisme et l’Empire romain sont bien arrivés en fin de course et ces marches d’empires ne savent plus trop où se placer.

La finesse et la douceur du paysage beyrouthin sont comme l’incrustation du visible dans le papier et la manière même dont l’architecture articule la respiration du paysage. Une fenêtre, un balcon, un seuil, une cour n’appellent plus à la nostalgie ou au souvenir, mais au rappel direct d’une multitude de vies qui furent là, et à la vie même, multiple et silencieuse.

L’écho du temps ne se raccroche plus à la trace, mais au silence feutré qu’étoffe le coloris roux et violet dont la photographie semble surgir.

Vignes est allé aux grands axes de Beyrouth, tels qu’ils ont contribué à la constitution de la ville, le port et ses alentours, rue de Damas, rue de Tripoli, route de Saïda, les quartiers constitués et, de manière systématique, les extensions possibles.

Chez lui la photographie est une mise en scène de l’espace et une manière de découper ses fonctions. Il est d’ailleurs souvent à la limite de la lisibilité, en raison d’une absence de repères visuels dans une exubérance de végétations et de jardins plus que de sa maîtrise insuffisante du format.

De 1840 avec la fin de l’occupation égyptienne et la naissance du Liban moderne jusqu’à l’orée du XXIe siècle, l’histoire de la photographie accompagne les différentes représentations du Liban , politiques , historiques, sociales, jusqu’à l’intime.

À les donner à voir et à lire , ces différents états apparaissent moins parcellaires et arbitraires puisqu’ils finissent par recomposer les éléments d’une histoire de la culture visuelle du Liban.

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