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Il est une typologie des cinémas de Beyrouth où l’imaginaire joue de manière plus fondamentale, par la mise en place de la scène. Ce sont bien les formes de cette démonstration qui sont frappantes.

Dès 1919, jusqu’au milieu des années 1925, les noms des cinémas de la place des Canons sont français et parisiens. Tout est dit dans le titre et c’est moins la suggestion qui est de mise que l’impératif de la réclame : Chef-d’œuvre, Cosmographe, Familia, Olympia, Chante-clair.

L’on passe ensuite à des circuits plus commerciaux : Royal (1925), Empire (1926), Grand Théâtre (1927), Opéra (1931), Roxy (1932), Rex (1933). Viennent ensuite dans les années 1940 :  Radio City, Métropole, Dunia, Gaumont, Majestic et Olympia. Le Rivoli en 1950, Byblos et Schéhérazade en 1960, City Palace en 1970.

L’ancien Familia deviendra le cinéma Vénus en 1955.

Il y a aussi la succession des noms pour la même salle, ainsi le Cosmographe (1919) est devenu Majestic (1934), Radio (1947), puis Radio City (1954). D’autres cinémas gardent leur nom, mais sont transformés ou redécorés. Ainsi l’Empire subira-t-il trois transformations, en 1926, 1935 et 1951. L’architecture des salles, c’est avant tout l’architecture de l’imaginaire, l’on maintiendra entre les armées 1920 à 1930 cette fonction polyvalente de la salle de théâtre.

Du sens, des nuages de corps flottant au-dessus de l’éther de leur propre désir et une ville à la fois oubliée et présente, oubliée parce que trop présente, où l’équilibre tient à la qualité d’inattention marquée par tous.

Ce cinéma à l’angle de la place des Canons et du début de la rue Béchara-el-Khoury : la salle devait dater des années 1950 et obéissait aux règles d’un art dont on ne savait trop s’il n’était pas de décor avant tout, d’un théâtre, pour toute la troupe de ces figurants de leurs vies, communiant dans le meurtre, faute de pouvoir le conjurer.

Le cinéma rivalisait avec le visible tout entier. Il reproduisait les corps et l’imaginaire, et l’on sait l’importance de toutes les reproductions et transpositions du corps dans les cultes orientaux. Le crime, le meurtre étaient à portée de main dans la salle dont l’entrée ne coûtait pas plus de vingt-cinq piastres.

Parfois, cette place des Canons me semblait être elle-même un énorme cinéma sur tous les écrans possibles - le lieu de la signification, du sens, de ces vies projetées là, attendant de manière vaillante ou naïve ce qui ne pouvait tarder à arriver, l’imaginaire étant désormais épuisé ou parodique, il fallait bien qu’ils y passent, dans leurs propres vies. Les rêveurs de Steve Reeves allaient pouvoir réellement envoyer aux lions les chrétiens des films de gladiateurs, et procéder eux-mêmes à des exécutions dont leurs acteurs fétiches les frustraient dans l’imaginaire et le réel, désormais accessibles puisque confondus.

De 1840 avec la fin de l’occupation égyptienne et la naissance du Liban moderne jusqu’à l’orée du XXIe siècle, l’histoire de la photographie accompagne les différentes représentations du Liban , politiques , historiques, sociales, jusqu’à l’intime.

À les donner à voir et à lire , ces différents états apparaissent moins parcellaires et arbitraires puisqu’ils finissent par recomposer les éléments d’une histoire de la culture visuelle du Liban.

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