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Ces quartiers n’avaient pas été abandonnés par les Français, mais à eux-mêmes. La perception de Beyrouth comme ville coloniale ou sous mandat ne fonctionnait plus. Le cœur d’une ville est arasé pour toutes les raisons possibles, et ce qui le remplace tourne court, fait la détresse des survivants. Le vide peut-il remplacer le vide sans appeler aussi tout ce qui l’accompagne ou le rend possible ? Un peuple si las de lui-même que ce qui peut le sauver le lasse autant que ce qui le perd, réduit à cette apathie et à cette déshérence où la misère crue va à parts égales aux vivants et aux morts.

Il n’en est même plus à se demander ce qui pourrait le sauver, mais à s’assurer de ce qui peut le perdre encore. Peuple aussi meurtri par les meurtres qui le détruisirent que par la possibilité d’une paix, qui n’est que l’apathie hâve de qui se réveille d’un cauchemar sans fin pour une impasse sans cauchemar.

L’écho ne répond plus qu’à l’écho et à cette détresse drue qui est une façon de ne pas forcer son courage pour s’y tenir, puis finalement de ne plus s’en tenir qu’à l’absence de courage pour voler au secours de sa défaite déguisée.

Peuple dont le bonheur ne serait pas une anecdote, mais dont le malheur est fait de l’addition de toutes les anecdotes du malheur, bagage lourd fait en une seule fois et dont il devient impossible de se défaire à quelque étape, au moins pour se faire quelque raison. Les peuples heureux n’ont peut-être pas d’histoire, mais les peuples malheureux n’ont que des histoires, dont pas une seule ne survit à leur propre malheur sinon par l’obstination.

Ayant compris tout cela, mais jamais las de croire que, si tout ce qui est donné peut être repris, ce qui est repris n’est pas du comptant à monnaie sonnante, mais le simple crédit de vivre. Définition principale et physique: c’est un lieu vide, tellement vide qu’il finit par tout attirer de manière vertigineuse.

Beyrouth est une ville physiquement vide, vide dans la mesure où elle devient la projection de cette concorde civile, de cette coexistence : 1831-1840, 1864-1914, 1919-1975.

Parler de la vieille ville quand il n’y a pas de ville nouvelle, tout juste des banlieues gagnant de l’amplitude à l’occupation du territoire. Mais la vieille ville même doit rester vide et inoccupée, ce qu’elle sera d’ailleurs de 1915 à 1975. Ensuite, de 1975 à la fin du XXe siècle, elle fut dévastée par le vide ou par la guerre. Elle répond surtout à une figuration où le souvenir des destructions de 1915, des famines et des terreurs font que personne n’y habitera.

De 1840 avec la fin de l’occupation égyptienne et la naissance du Liban moderne jusqu’à l’orée du XXIe siècle, l’histoire de la photographie accompagne les différentes représentations du Liban , politiques , historiques, sociales, jusqu’à l’intime.

À les donner à voir et à lire , ces différents états apparaissent moins parcellaires et arbitraires puisqu’ils finissent par recomposer les éléments d’une histoire de la culture visuelle du Liban.

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