La transformation de la façade nord, c’est-à-dire du port de Beyrouth commence en 1887 avec les travaux de la Compagnie du Port
Le remodelage touche les deux « tours ruinées » de la carte de 1860, mais aussi le château-fort croisé, réel point de jonction avec la mer, que l’absence de figuration autre que symbolique risque de faire oublier au seul profit de la caserne ottomane sur la colline du Sérail.
Ce port comblé par Fakhreddine porte toute la tristesse de sa réduction à ne plus mouiller que les larmes et les bateaux en perdition, allant s’échouer sur les rochers, du côté de Raouché.
Raouché portait tout le système de fortification maritime dont les deux tours de garde génoises face à la mer, au bas de l’ancien hôpital allemand des diaconesses du Kaiserwerth.
Beyrouth même qui n’est qu’un port, deux ou trois touches de blanc, le rouge des tuiles des toits et les immeubles poussés dans le désordre, mystérieuse géométrie du réseau intérieur. La mer abrupte et bleue, et en face la montagne coupée d’un coup, comme ligne d’horizon. Tout autour de la ville, les rochers déchiquetés, ceintures de boulevards, petits précipices trop peu hauts, des plages étroites.
Crudité de Beyrouth. Le dimanche, rue de Trieste, le long de l’ancien immeuble de la Banque ottomane. Quartier d’affaires déserté, quartier de port sans port. Les deux ou trois hôtels n’ont pas la clientèle des hôtels populaires de la place des Canons. Il n’y a pas de matelots ni de marins à Beyrouth.
Le port de Beyrouth utilisa les bâtiments, remblais et installations de la base navale française, évacuée en 1946. Il y fut installé une unité symbolique de la marine libanaise.
Le quartier du port est devenu si rapidement un quartier d’affaires que le développement de la vie levantine s’est aussitôt retiré devant les pressions économiques. Mais il restait à la ville ses petits hôtels où le borgne et le louche n’allaient pas au-delà du bon enfant et des conventions habituelles. Des restaurants sous les charmilles, dans des cours fleuries, des jardins, des arrière-cours inattendues, une autre respiration du temps entre la rue du Patriarche-Hoyeck et la rue Ahmad-Daouk, et plus loin, les rues Agrippa et Chateaubriand.
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Les odeurs d’embrun et de sel flottaient toujours en bord de mer, au khan Antoun Bey, version modernisée du caravansérail, croyait-on, halte prudente pour les caravanes du désert et le port où il fallait bien charger ces marchandises. À tout compte de l’atavisme, le caravansérail retrouvait les délicatesses des détails de l’architecture vénitienne mêlés à la solidité de l’architecture génoise soucieuse d’aller au plus solide dans ses possessions maritimes, dans la mesure même où elle les savait transitoires.
Au bout de l’ancienne rue des Postes, devenue rue du Patriarche-Hoyeck, et non pas chez Lucullus au dernier étage de l’immeuble construit en 1960, restaurant en lieu et place de l’ancien restaurant déménagé. Tiring, rue de Tripoli aux lourdes portes de bois peintes en rouge vermillon, et le petit khan en traversant la rue après Ajram, tout le long de cette rue Fakhri-Bey bordée de marchands de drap anglais, les coupons posés sur les étagères dans l’auspicieuse attente du couturier de toutes ces vies.
La rue de Tripoli, où le journal L’Orient avait ses bureaux, était coupée dans l’avenue des Français par cet immeuble entourant Santyé, clos d’un côté par une série de magasins toujours fermés, donnant sur Hajj Daoud et sur l’avenue des Français par une salle d’exposition de voitures.
L’agence de voyage au rez-de-chaussée de l’hôtel Bassoul avait déménagé là. L’atelier de Tancrède Dumas était juste en face. Il avait épousé la fille Malhamé. Dumas finira par ouvrir un comptoir d’escompte à Paris. La photographie avait été remisée au compte des pertes et profits.
Au rez-de-chaussée du khan Antoun Bey, un réparateur de machines à écrire Underwood, et, à l’étage, le siège du journal Le Réveil. En 1974, Aimée Coury, fille du propriétaire, en dirigeait encore l’imprimerie de labeur, le quotidien ayant cessé de paraître. Sur le mur en face de son bureau, où trônait le coffre-fort noir des paies, la photo encadrée de la proclamation du Grand Liban par Gouraud.
À la fin du XIXe siècle, le bâtiment servait de bureau et de logement, entre autres, à des consuls européens, dont François-Georges Picot, consul de France à Beyrouth.






